"The project has the potential to significantly improve the health and well-being of older people with subclinical hypothyroidism"
- Professor David Stott from the University of Glasgow
TRUST Thyroid trial

Communiqué de presse: Les recommandations cliniques pour les maladies thyroïdiennes doivent être revues

3 avril 2017 - Le traitement actuel par substitution hormonale d’une baisse de la fonction thyroïdienne est remis en question. Publiée dans le journal scientifique The New England Journal of Medicine, la plus grande étude réalisée â ce jour, montre que cette pratique médicale n’apporte pas de bénéfice.

Une baisse de la fonction thyroïdienne (hypothyroïdie infraclinique) est souvent retrouvée chez les personnes âgées et peut toucher jusqu’à une personne âgée sur dix. Selon les recommandations médicales actuelles, jusqu’à 9 femmes sur 10 avec cette condition pourraient recevoir une substitution d’hormone thyroïdienne, typiquement la lévothyroxine, qui est devenue le médicament le plus prescrit aux Etats-Unis et en troisième place des prescriptions au Royaume-Uni. L’étude européenne TRUST qui a duré 5 ans montre maintenant que le traitement par lévothyroxine de l’hypothyroïdie infraclinique n’apporte pas de bénéfice notable, ce qui nécessite de revoir les recommandations cliniques pour ce traitement. Les résultats principaux de cette étude sont présentés aujourd’hui au congrès annuel de la Société d’Endocrinologie (ENDO 2017) à Orlando aux Etats-Unis.

La plus grande étude clinique pour une fonction thyroïdienne abaissée (hypothyroïdie infraclinique)
Une équipe de chercheurs européens a suivi 737 personnes âgées avec une hypothyroïdie infraclinique pour déterminer si la lévothyroxine apporte des bénéfices cliniques. L’hypothyroïdie infraclinique est liée à plusieurs problèmes de santé, comme la fatigue, les maladies cardiovasculaires, une faiblesse musculaire, un ralentissement de la pensée, une augmentation de la pression artérielle et du poids, mais certains scientifiques considèrent que cette pathologie n’entraîne que peu de complications médicales. Les participants ont été suivis sur deux ans, dont la moitié ont reçu un placebo, l’autre moitié de la lévothyroxine. L’étude montre que la substitution de lévothyroxine restorent une fonction thyroïdienne normale, mais n’améliorent pas les symptômes. Par ailleurs, il n’y avait pas de gain de force musculaire, de vitesse de la pensée, du poids ou de la pression artérielle.

Pas de bénéfice notable de la substitution hormonale par lévothyroxine
Selon ces résultats, l’équipe de chercheurs conclut qu’il y a maintenant assez de preuves scientifiques que les personnes âgées avec une hypothyroïdie infraclinique modérée ne tirent pas de bénéfice clinique d’un traitement de lévothyroxine. Le Professeur Nicolas Rodondi, de l’Hôpital de l’Île (Inselspital) de l’Université de Berne, qui a dirigé l’étude en Suisse conclut : « Pendant plus de 20 ans, il nous manquait des preuves scientifiques tangibles sur le dépistage et le traitement de l’hypothyroïdie infraclinique, même si elle est très fréquemment traitée. Notre but était de clarifier l’impact du dépistage de l’hypothyroïdie infraclinique et de l’efficacité du traitement chez les personnes âgées. Notre étude, cinq fois plus grande que toutes les précédentes, montre que ce traitement n’apporte pas de bénéfice notable chez les personnes âgées et ne devrait donc plus être prescrit de routine dans cette condition par les médecins.

Lien vers l’étude:

Thyroid Hormone Therapy for Older Adults with Subclinical Hypothyroidism, David Stott, Nicolas Rodondi, Patricia Kearney, Rudi Westendorp, Jacobijn Gussekloo, et collègues, The New England Journal of Medicine, 3 avril 2017.

A propos du projet de recherche TRUST
L’étude TRUST (Thyroid Hormone Replacement for Subclinical Hypo-Thyroidism Trial) est un projet de recherche européen mené par des chercheurs experts en médecine interne générale, gériatrie, endocriologie et maladies cardiovasculaires, pour investiguer les pratiques cliniques chez des personnes âgées avec une baissede la fonction thyroïdienne. Des recommandations spécifiques au grand âge (plus de 80 ans) seront disponibles l’année prochaine, lorsque les résultats de l’étude TRUST seront combinés à une autre étude en cours chez les patients de plus de 80 ans. Le Professeur David Stott de Glasgow en Ecosse a coordonné l’étude, en collaboration étroiteavec des chercheurs en Suisse (direction Prof. Nicolas Rodondi), aux Pays-Bas (direction Prof. Jacobijn Gussekloo), en Irlande (direction Prof. Patricia Kearney) et au Danemark (direction Prof. Rudi Westendorp). Les données ont été analysées au Centre de Biostatistiques Robertson de l’Université de Glasgow (direction Prof. Ian Ford). L’étude a été financée par l’Union Européenne avec un soutien du Fonds National pour la Recherche Scientifique pour la partie suisse. Le recrutement de patients suisses a été grandement aidé par 443 médecins de famille ou internistes généralistes, avec le soutien de l’Institut de médecine de premier recours de Berne (BIHAM, Prof. Nicolas Rodondi), l’Institut Universitaire de Médecine de Famille (IUMF) de l’Université de Lausanne et le Service d’Endocrinologie, Diabétologie et Métabolisme (Dr Tinh-Hai Collet) du CHUV à Lausanne.